IX


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8 avril 2002, Paris
Partition 3
extraits de textes des Métamorphoses d'Ovide traduits et proposés par Jean-François Peyret et extraits de textes scientifiques proposés par Jean-François Peyret et Alain Prochiantz.

 

PARTITION 4



Séquence 1

s Pascal :
-Oui, par une perte d’équilibre et une démence. En langage foré, kuru signifie qui " tremble de frayeur et de froid ".
-…
-Les Forés ? Tribus vivant encore à l’âge de pierre dans la région des hauts plateaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
-…
-Oui, c’est vrai, elle touchait essentiellement les femmes (8 femmes pour un homme) et les enfants. La nourriture paraissait un élément déterminant dans l’apparition de la maladie, mais on s’était aperçu que cela ne pouvait venir des plantes et des insectes, pourtant les composants essentiels de la nourriture du Papou. Alors ?
François :
- Quand le fait qu’on rencontre est en opposition avec une théorie régnante, il faut accepter le fait et abandonner la théorie, lors même que celle-ci, soutenue par de grands noms, est généralement acceptée.
-…
Pascal :
-Bien sûr. Des désordres endocriniens ou anomalies génétiques liées au sexe féminin, voire des mycotoxines (principes toxiques des champignons), ou encore l’effet des cendres des volcans.
-…On finit toujours par trouver. On s’est aperçu qu’il était lié à des pratiques anthropophages lors des rites funéraires : l’homme, guerrier et chasseur, consommait les muscles, siège de la force et laissait aux femmes et aux enfants les parties moins nobles, dont le cerveau, hautement infectieux.
François :
-C’est ça : une pétrification cérébrale. Ça fait des plaques, comme dans toutes les maladies neuro-dégénératives.
Pascal :
-Censées conférer la vitalité des morts aux vivants.
-…
-Atteinte précoce du cervelet : perte d’équilibre. Mouvements oculaires anormaux et tremblements. Deuxième stade : le malade ne peut plus se déplacer qu’avec un bâton. Paralysie progressive des muscles.
-…
-Ça affecte le moral. Certains rient en permanence, " la maladie du rire " est un surnom donné au kuru ; d’autres sombrent dans une profonde mélancolie. Stade terminal : le malade est incontinent, infirme, incapable d’articuler un mot et de s’alimenter.
- Soyons honnêtes, nul ne sait à quoi elle sert et il semble bien que la souris puisse s'en passer.
François :
-Le malade devient aveugle par atteinte du cerveau, non des yeux.
Pascal :
-La mort, eh bien, elle survient en général moins d’un an après l’apparition des premiers symptômes.
François :
- Quand le fait qu’on rencontre est en opposition avec une théorie régnante, il faut accepter le fait et abandonner la théorie, lors même que celle-ci, soutenue par de grands noms, est généralement acceptée.
Pascal :
-Une protéine infectieuse ? Vous connaissez tous la théorie des dominos, un domino tombe qui entraînera tous les autres. Et bien la protéine prion est un domino présent normalement à la surface de tous les neurones du cerveau. Soyons honnêtes, nul ne sait à quoi elle sert et il semble bien que la souris puisse s'en passer.
François :
-C’est ça : une pétrification cérébrale. Ça fait des plaques, comme dans toutes les maladies neuro-dégénératives.
Pascal :
-Comme me dit mon ami Volpert, quand j’amène une souris au concert, enfin bref. La façon pour une molécule prion de tomber comme un domino est de changer de conformation. Car cette protéine, comme toutes les protéines, peut avoir plusieurs conformations stables. Pour s'en tenir à deux conformations, la première assure la fonction physiologique, inconnue répétons-le, l'autre est pathologique et entraîne l'apparition de la maladie. L'effet domino est dû au fait qu'un contact avec la forme pathologique catalyse chez la forme saine sa transformation en forme pathologique, la rendant du même coup capable de faire subir la même transformation délétère à ses voisines. Qu'une certaine quantité de molécules pathologiques s'introduisent dans un cerveau, la réaction en chaîne est assurée. Oui, cette protéine est bien une protéine infectieuse, chaque protéine de prion touchée étant elle-même transformée en agent infectieux. Le cerveau est ainsi vampirisé, chaque victime devant prédatrice pour ses compagnes.
(Voix de Prusiner)
Pascal :
Il faudrait rendre un hommage à Stanley Prusiner, retentissant l’hommage… C’était pas un virus.
François :
J’ai découvert la semaine dernière un morceau d’aiguille dans mon steak. Probablement un bout de ferraille, vestige d’un ustensile de vétérinaire. Inquiet, je suis retourné au supermarché pour retrouver l’origine de la viande. J’ai aussi alerté une association de consommateurs avant de subir un dépistage de l’hépatite et de HIV.
Pascal :
-La maladie est liée à un changement de forme de la protéine endogène, à une métamorphose qui prive le malade de son cerveau : il doit être transporté et il est dément. Le mouton malade rend malade la vache en se métamorphosant, via la nutrition en vache qui rend l'homme malade en se métamorphosant en homme, toujours via la nutrition, et tout ça par la capacité de cette molécule à provoquer des métamorphoses moléculaires. La métamorphose dans la métamorphose et en fin de processus, l'homme est dément, métamorphose du corps vivant précédant de peu celle qui accompagne la bascule dans le néant quand les vers vont à leur tour bouffer de l'homme enragé. Mais les vers eux, deviennent-ils fous ? Qui sait reconnaître un ver fou ?

FARINES ANIMALES, FARINES ANIMALES, FARINES ANIMALES..
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Clément :
-Un décor d’idylle pastorale.
-Histoire d’Io.
-Et la plainte d’un père, le fleuve Inachus, qui pleure sa fille Io, il grossit ses flots de ses larmes, et est convaincu qu’il l’a perdue. Il ne sait si elle vit encore ou si elle est chez les ombres. Ne le trouvant nulle part, il pense qu’elle n’est nulle part. Il redoute pour elle le pire destin.
-CAR :
-Jupiter, ayant vu la jeune fille revenir du fleuve paternel, lui avait dit :
-Jupiter : O jeune fille digne de Jupiter, tu feras le bonheur de celui (je me demande bien qui) qui partagera ton lit ; viens par ici sous les ombrages de ces bois. Et il lui indique les ombrages de ces bois. Si tu crains de pénétrer seule dans les repaires des bêtes sauvages, un dieu est là pour te protéger ; avec lui tu entreras en sécurité dans la solitude de ces bois, et ce n’est pas n’importe quel dieu, pas un dieu de la plèbe divine mais c’est moi !, qui, de ma puissante main, tiens le sceptre du ciel, qui lance la foudre rapide. Ne me fuis pas.
-Elle s’enfuyait en effet. Elle avait déjà laissé derrière elle les pâturages de Lerne, les campagnes boisées du Lyrcée, quand le dieu enveloppa au loin la terre dans une épaisse nuée et l’obscurcit. Il arrêta la fuite de la nymphe et la viola.
-Lui ravit l’honneur. Lui ravit son honneur. Lui ravit sa pudeur. La déshonora.
-Junon à ce moment abaissait ses regards sur la plaine d’Argos et fut surprise que des nuages aient obscurci si rapidement une journée aussi belle pour lui donner l’aspect de la nuit. Elle comprit qu’ils n’étaient pas produits par le fleuve ni n’émanaient de la terre mouillée. Elle cherche autour d’elle l’infidèle en épouse qui aurait déjà démasqué la ruse d’un époux si souvent pris en faute.
-Aut ego fallor aut ego lædor.
-Ou je me trompe ou je suis trompée.
-Ou je me trompe ou il me trompe.
-Elle se laisse glisser du haut de l’éther, se pose sur la terre. Elle donne l’ordre aux nuages de se dissiper.
-Mais Jupiter avait prévu la descente de sa femme et avait changé la fille d’Inachus en une génisse d’une blancheur éclatante.
-Même génisse, elle est belle. Junon, à contrecœur, c’est vrai, loue la beauté de la bête, demande d’où elle vient, à qui elle est, à quel troupeau elle appartient, comme si elle ignorait la vérité.
-Jupiter : Elle est née de la terre, dit-il dans un mensonge pour couper court à toutes ces questions sur l’origine de la bête,sur sa traçabilité.
-Junon : Jupiter, donne-moi cette génisse.
-Que faire ? C’est un crève-cœur que de donner l’objet de son amour ; refuser est suspect. La honte le persuade, l’amour le dissuade. La honte aurait été vaincue par l’amour, mais refuser le don sans valeur d’une génisse à celle qui est sa femme, sa sœur, pouvait laisser croire qu’il ne s’agissait pas d’une génisse.
-En possession de sa rivale, Junon n’abandonne pas pour autant toute crainte ; elle se méfie de Jupiter, redoute de se voir enlever sa victime, jusqu’à ce qu’elle confie sa garde au fils d’Arestor, à Argus.
-Présentation d’Argus : une tête entourée de cent yeux, qui se reposaient tour à tour, deux par deux. Les autres restaient en faction,
-Et surveillaient Io.
-Ce qui fait qu’il avait Io devant les yeux même quand il lui tournait le dos. Le jour, il la laisse paître ; quand le soleil est caché dans les profondeurs de la terre, il l’enferme et attache son cou déshonoré. Elle se nourrit de feuilles d’arbres et d’herbes amères ; elle couche à même la terre ; elle s’abreuve à des eaux bourbeuses. Voudrait-elle tendre à Argus des bras suppliants, elle n’a pas de bras à tendre à Argus. Elle tenta de se plaindre ; un mugissement sortit de sa bouche, un son qui l’emplit d’horreur, sa propre voix l’épouvanta. Elle vint aux rives de l’Inachus où elle avait coutume de jouer ; quand elle aperçut dans l’eau ses cornes nouvelles, son mufle, éperdue, elle recula, se fuyant elle-même. Les Naïades, Inachus, ne savent pas qui elle est. Et elle, elle suit son père, suit ses sœurs, se laisse toucher et s’offre à leur admiration. Le vieil Inachus lui tend des herbes qu’il a cueillies : elle lèche les mains de son père, baise ses paumes et ne peut retenir ses larmes. Si les mots seulement pouvaient suivre, elle demanderait secours, elle parlerait, dirait son nom, ses malheurs. À la place des mots, les lettres que son pied a tracées dans la poussière sont la triste révélation de sa métamorphose.
-Inachus : Malheur à moi ! (se pendant aux cornes de la gémissante génisse, sa fille), malheur à moi ! Est-ce toi, ma fille que j’ai cherchée par toute la terre ? Quand je t’avais perdue, tu étais pour moi un moindre sujet de tristesse que maintenant que je t’ai retrouvée. Tu te tais, tu ne peux pas me parler, tu soupires seulement du fond de ta poitrine, et tout ce que tu peux faire, c’est de me répondre en mugissant. Et moi, ignorant, je préparais la chambre et les torches nuptiales, j’espérais un gendre, des petits-enfants. Maintenant c’est dans un troupeau que tu dois prendre époux, dans un troupeau que tu auras un fils. Et la mort ne peut pas me délivrer ; je suis un dieu. La durée de mon deuil sera donc éternelle.
–Alexandrin. La durée de mon deuil sera donc éternelle. Argus les sépare. Mais Jupiter envoie Mercure pour la délivrer. Mercure raconte à Argus la métamorphose de Syrinx, devenu le roseau dont on fait les flûtes. Argus s’endort ; Mercure lui tranche la tête avec son épée, qui roule, sanglante, au bas du rocher. Les cent yeux sont plongés dans la nuit. Junon les ramasse pour en orner les plumes du paon.
-Fureur de Junon. Zeus l’enlaçant, la cajole et la conjure de mettre un terme à sa vengeance.
-Jupiter :tu n’as plus rien à craindre. Jamais plus elle ne sera pour toi une cause de souffrance. J’en prends à témoin les marais du Styx.
-Une fois la déesse apaisée, Io reprend son apparence première, redevient ce qu’elle était. " Fitque quod ante fuit. " Les poils tombent de son corps, ses cornes décroissent, ses yeux arrondis s’allongent, sa bouche se resserre, ses épaules et ses mains réapparaissent, chacun de ses sabots disparaît et fait place à cinq ongles. Il ne reste rien de la génisse sinon son éclatante beauté.
-La nymphe, qui n’a plus besoin que de ses deux pieds, se redresse ; elle hésite à parler de crainte de mugir comme une génisse, et timidement, elle s’essaie aux mots si longtemps interdits.
Jean-Baptiste :
-Aut ego fallor aut ego lædor.
-Ou je me trompe ou je suis trompée.
-Ou je me trompe ou il me trompe.
-Même génisse, elle est belle. D’où vient- elle, à qui est- elle, à quel troupeau appartient- elle ? Donne-moi cette génisse.
François :
-Je me permets, à titre personnel, de faire une proposition plus rationnelle et moins sujette à des problèmes éthiques, et qui élimine le prion de la nourriture des animaux et nous débarrasse des farines animales dont le stockage est devenu un véritable problème national. Il suffit de faire manger les farines par des souris transgéniques dépourvues de prion et donc incapables de tomber malades. Ces souris sont lâchées dans les silos jusqu’à épuisement des stocks, puis tuées et données à manger aux vaches sous forme de farine de souris garantie sans prion. C’est là un procédé naturel et écologique qui ne peut qu’attirer l’attention des pouvoirs publics.
Afin de vous démontrer l’innocuité de la manœuvre, je ne crains pas de manger devant vous ce gâteau cuisiné à partir de farine de souris transgéniques nourries aux farines de moutons malades du prion. Avec un peu de Pinot noir, ça passe mieux, etc.
Jean-Baptiste :
Votre souris "déprionnée", elle est normale ?
François :
Elle mange, elle boit, elle se promène dans sa cage, elle baise tranquillement et se reproduit.
Jean-Baptiste :
Cela suffit-il pour être normal ?
François :
-Rejetez la souris dans la nature cruelle, vous verrez bien si elle survit et si ses descendants survivent. Ça peut prendre du temps.
Jean-Baptiste :
Survivre et laisser des descendants, qu'est-ce que ça prouve ? Qu'on est normal ?
-Et vous pourriez déprionner homo sapiens ?
-En fin de processus, l'homme est dément, métamorphose du corps vivant précédant de peu celle qui accompagne la bascule dans le néant quand les vers vont à leur tour bouffer de l'homme enragé. Mais les vers, eux, deviennent-ils fous ? Comment reconnaître un ver fou ?
Maud :
-Une fois la déesse apaisée, Io reprend son apparence première, redevient ce qu’elle était. " Fitque quod ante fuit. " Les poils tombent de son corps, ses cornes décroissent, ses yeux arrondis s’allongent, sa bouche se resserre, ses épaules et ses mains réapparaissent, chacun de ses sabots disparaît et fait place à cinq ongles. Il ne reste rien de la génisse sinon son éclatante beauté.
François :
Je hais les raffinements psychologiques, l’esprit romanesque ; je hais la haine du mythe.
-Expériences, expériences, expériences.


Séquence 2


François :
-J’ai le projet de dire comment les formes changent dans les corps, comment les corps changent de forme(s), l’évolution des formes et l’histoire de l’univers depuis le début jusqu’à nos jours.
Maud :
Big bang !
François :
Big-bang, mais aussi origine de la vie, émergence de la conscience et origine des espèces.
Maud :
Darwin.
François :
-Y a-t-il un nombre limité de formes dans la nature ? C’est bien ce que d’Arcy Thompson a l’air de dire.
-Je me demande pourquoi et comment un flux d’énergie qui s’écoule sans but peut répandre de la vie et de la conscience dans le monde.
-Je dis le changement des formes ou je le chante ?
-Le scientifique n’étudie pas la Nature pour un but utilitaire.
Jean-Baptiste :
-POINCARÉ !
François :
-Il l’étudie parce qu’il y trouve du plaisir, et il y trouve du plaisir parce que la Nature est belle. Si la Nature n’était pas belle, elle ne vaudrait pas la peine d’être étudiée, et la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue. Je parle de la beauté intime qui vient de l’ordre harmonieux des parties et qu’une intelligence pure est capable d’appréhender.
Si la Nature nous conduit à des formes mathématiques d’une grande simplicité et beauté –par le mot " formes ", je veux dire des systèmes cohérents d’hypothèses, d’axiomes, etc.
Jean-Baptiste :
-HEISENBERG !
François :
– et que personne n’a entrevues auparavant, nous ne pouvons nous empêcher de penser qu’elles révèlent un aspect réel de la Nature… Toute personne qui comprendra ma théorie ne pourra échapper à sa magie.
Jean-Baptiste :
-EINSTEIN !
François :
-Qu’est-ce que le chaos ?
-Une masse informe et confuse. Oui, un bloc inerte, un entassement d’éléments mal unis et discordants. Amas en un même tout.
-La terre n’était pas encore suspendue dans l’air, équilibrée par son propre poids. Partout où il y avait la mer, il y avait aussi la terre, il y avait l’air. Ainsi la terre était instable, la mer n’était pas navigable, l’air manquait de lumière : rien ne conservait sa forme propre. Chaque élément était un obstacle pour l’autre, parce que dans chaque corps le froid faisait la guerre au chaud, l’humide au sec, le mou au dur, le léger au lourd.
-Un dieu ou la nature la meilleure, mit fin à ce conflit en séparant la terre du ciel, l’eau de la terre, l’air dense de l’éther fluide. Il (ou elle) démêla ces éléments, les tira de la masse obscure et attribua à chacun une place distincte, les unit par l’harmonie et la paix. Le feu vif et sans poids de la voûte céleste s’élança vers les régions supérieures du monde. Le plus proche de lui, c’est l’air presque aussi léger. La terre, plus dense que les deux, attira les éléments les plus massifs et se tassa sous son propre poids. L’eau enveloppa le tout, occupa la place qui restait et emprisonna le monde solide.
Jean-Baptiste :
-Qu’est-ce que l’Homme ?
François :
OU BIEN : un dieu, le dieu, quel qu’il soit, celui qui est à l’origine de ce monde meilleur, l’a formé d’un germe divin.
Jean-Baptiste :
…sive hunc divino semine fecit
Ille opifex rerum, mundi melioris origo,
François :
OU BIEN : la terre toute récente,
Jean-Baptiste :
Sive recens tellus…
François :
récemment séparée des hautes régions de l’éther, a gardé quelques germes de son frère le ciel
Jean-Baptiste :
Seductaque nuper ab alto
Aethere cognati retinebat semina caeli
François :
et Japet, un des Titans, père de Prométhée, en les mélangeant avec des eaux de pluie, les a façonnés à l’image des dieux, la mesure de toutes choses.
Jean-Baptiste :
Quam satis Japeto mixtam pluvialibus undis
Finxit in effigiem moderantum cuncta deorum.
François :
Tandis que, tête basse, les autres animaux tiennent leurs yeux attachés sur la terre,
Jean-Baptiste :
Pronaque cum spectent animalia cetera terram,
François :
il a donné à l’homme un visage tourné vers le ciel qu’il lui ordonna de contempler, en levant ses regards vers les étoiles.
Jean-Baptiste :
Os homini sublime dedit, cælumque tueri
Jussit et erectos ad sidera tollere vultus.
François :
Ainsi la terre, il y a peu encore, masse grossière et sans représentation, se transforma et se couvrit de figures d’hommes jusqu’alors inconnues.
Jean-Baptiste :
Sic, modo quæ fuerat rudis et sine imagine tellus
Induit ignotas hominum conversa figuras.
-il a donné à l’homme un visage tourné vers le ciel qu’il lui ordonna de contempler, en levant ses regards vers les étoiles.
Jean-Baptiste :
ÉDITORIALISTE : qu’est-ce que l’Homme, etc. ?
RADIO (prononcer raie d’Io) : " Un animal plus sacré, et intellectuellement plus capable, et qui pourrait dominer les autres manquait encore. "
ÉDITORIALISTE : Mais comment a-t-il été créé ?
RADIO (prononcer raie d’Io) : Bon, d’accord, etc.
ÉDITORIALISTE : qu’est-ce que l’Homme, etc. ? (one more time)
François :
-L'âge de fer fut le dernier. Tous les crimes se répandirent avec lui sur la terre. La pudeur, la vérité, la bonne foi disparurent. À leur place dominèrent l'artifice, la trahison, la violence, et la coupable passion de posséder. Le marin confia ses voiles à des vents qu'il ne connaissait pas encore ; et les arbres, qui avaient vieilli sur les montagnes, en descendirent pour flotter sur des mers inconnues. La terre, auparavant commune aux hommes, ainsi que l'air et la lumière, fut partagée, et le laboureur méfiant traça de longues limites autour du champ qu'il cultivait. Les hommes ne se bornèrent point à demander à la terre ses moissons et ses fruits, ils osèrent pénétrer dans son sein ; et les trésors qu'elle recelait, dans des antres voisins du Tartare, vinrent aggraver tous leurs maux. Déjà sont dans leurs mains le fer, instrument du crime, et l'or, plus pernicieux encore. La Discorde combat avec l'un et l'autre. Sa main ensanglantée agite et fait retentir les armes homicides. Partout on vit de rapine. L'hospitalité n'offre plus un asile sacré. Le beau-père redoute son gendre. L'entente est rare entre les frères. L'époux est une menace pour la vie de sa femme ; et celle-ci, pour la vie de son mari. Des marâtres cruelles mêlent et préparent d'horribles poisons : le fils hâte les derniers jours de son père. La piété languit, méprisée ; et Astrée quitte enfin cette terre souillée de sang, et que les dieux ont déjà abandonnée.
Jean-Baptiste (en même temps) :
-Crimes de toutes sortes ;
-Pudeur, vérité, bonne foi en allées.
-À la place : tromperie, perfidie, violence, passion de la richesse.
-Le navigateur livra ses voiles aux vents.
-Qu’il connaissait mal.
-Les pins, longtemps dressés à la cime des montagnes, devenus navires plongèrent dans les flots inconnus.
-Le sol, jusque-là bien commun, comme l’air et la lumière du soleil, fut limité par l’arpenteur circonspect.
-L’homme ne se contenta pas de demander à la terre des moissons et une nourriture légitime, mais il pénétra jusque dans ses entrailles pour y arracher les trésors, sources de nos malheurs, qu’elle y avait caché et qu’elle avait relégué près des ombres du Styx.
-Bientôt le fer pernicieux, et plus pernicieux encore, l’or, en étant extraits, parurent au jour, et avec eux la guerre qui a besoin de l’un et de l’autre pour combattre et brandit dans sa main ensanglantée les armes bruyantes.
-On vit de vols ; l’hôte n’est plus en sécurité auprès de l’hôte, ni le gendre auprès du beau-père ; entre frères aussi, l’entente est rare.
-L’époux médite la perte de son épouse, l’épouse celle de son époux.
-Les horribles marâtres mélangent aux boissons de livides breuvages.
-Le fils, avant l’heure, s’informe de l’âge de son père.
-La piété est terrassée, et la vierge Astrée, la Justice, quitte cette terre trempée de sang.
TOUS : PIETAS,
Pascal :
DÉLUGE, DÉLUGE, DÉLUGE.
Pascal :
L’HOMME ? UNE RACE QUI MÉPRISE LES DIEUX. Quand on voit du haut de l’Olympe ce triste spectacle, le mal est sans remède. Il faut anéantir l’humanité ; j’ai encore à l’esprit l’affreux banquet servi à la table de Lycaon…
-Tout dieu que je suis, je me laisse tomber de l’Olympe, et, sous l’apparence d’un homme, je vais parcourir la terre. Je ne vous dis pas les crimes que j’ai découverts ; la liste serait trop longue. Ce qu’on raconte est en deçà de la vérité. J’entre sous le toit inhospitalier qui abritait Lycaon, le tyran d’Arcadie. J’annonce par des signes la présence d’un dieu. Et le peuple humblement commence à m’adresser ses prières. Au début Lycaon se moque de ces pieuses dévotions, puis il déclare : je vais bien voir, par une expérience décisive, si ce dieu n’est pas un mortel. On ne pourra mettre la vérité en doute. La nuit, alors que je suis alourdi par le sommeil, il médite de me tuer par surprise. C’est l’expérience par laquelle il compte faire éclater la vérité. Cela ne lui suffit pas ; d’un coup d’épée, il tranche la gorge d’un otage puis fait bouillir une partie de ses membres palpitants, et rôtir l’autre. Au moment où ces mets sont servis sur sa table, moi, de ma foudre vengeresse, je fais s’écrouler sa demeure, sur lui et sur ses pénates bien dignes de lui. Il s’enfuit terrifié, se réfugie dans la campagne silencieuse, et se met à hurler et cherche en vain à parler ; toute sa rage afflue à sa bouche, son désir habituel de meurtre se tourne contre le bétail, et le voilà encore qui se plaît dans le sang. Ses vêtements se changent en poils, ses bras en pattes. Il devient loup, mais garde des vestiges de sa forme première : même poil gris, même allure farouche, même regard luisant, même image de la férocité.
TOUS :
-AH ! PIETAS.
Jean-Baptiste :
Qu’est-ce que l’homme ? Ou bien…
Clément :
-J’aime assez l’idée d’une classification des animaux en fonction de leur degré de perfection à la naissance. (Orphée)
-Pas mal.
-Les mammifères, c’est mieux que les requins ovipares qui sont supérieurs aux oiseaux et reptiles qui valent mieux que les poissons, lesquels poissons l’emportent sur les céphalopodes et autres crustacés qui, de leur côté écrabouillent les insectes. C’est comme ça qu’Aristote voyait les choses.
-Les animaux les plus parfaits et les plus chauds produisent des jeunes parfaits.
Jean-Baptiste :
-Et l’homme alors ?
Clément :
-L’homme est un vieil animal prématuré, qui doit se finir, se finir encore, toujours se finir. La néoténie est le fait majeur de l’évolution humaine, apprentissage plus long, socialisation forcée (soin du petit), etc.
-L’histoire du développement embryonnaire récapitule celle du cosmos, c’est du moins Empédocle qui le dit. 450 before C. Séparation des éléments (sortir du chaos) en terre, eau, air, feu. Séparation des parties (différenciation) à partir de l’œuf. Homogénéité (chaos, œuf = amour). Différenciation (éléments et tissus = lutte)
-"L'enfant est le père de l'Homme".
Jean-Baptiste :
-Le singe aussi est le père de l'Homme.
-Oui, l’Homme est l'enfance du singe.
-Je suis un vieil animal prématuré et pourtant il faut encore que je me finisse. Je ne suis ni fait, mais à faire ? Il faut toujours finir encore.
-Je suis le seul animal nu.
Clément :
-Pédomorphose : présence de traits ancestraux juvéniles chez les adultes des espèces descendantes. La néoténie est une des figures de la pédomorphose.
-La pédomorphose peut être vue comme une manière d’échapper à la spécialisation (voir plus loin).
Elle peut procéder d’une accélération de certains traits (maturation sexuelle précoce), c’est alors une progenesis ou du retard dans le développement de certains organes, c’est alors une néoténie.
-Bolk est le plus ardent défenseur de la fœtalisation du singe comme origine de l’homme.
Jean-Baptiste :
Je suis un singe inabouti.
Nous sommes tous des singes inaboutis.
Clément :
-Portmann
-Adolf (1941-1945) compare notre développement embryonnaire à celui des pongidés (Orang outan) et conclut que notre gestation devrait durer 21 mois. L’homme à sa naissance est donc un embryon extra-utérin (Kangourou).
-Peut-on lier cette parturition précoce à une difficulté mécanique dans l’accouchement ? Probablement (pas l’opinion de Portman cependant) si l’on considère les modifications qu’il faudrait apporter à l’anatomie féminine pour permettre le passage d’un enfant d’un an. Grosse tête !
Jean-Baptiste :
Jésus fut le premier prophète de la néoténie humaine (Matthieu 18 :3) :
" A moins que tu ne te convertisses et deviennes comme un petit enfant, tu n’entreras pas dans le royaume des cieux "
-Je ne sortirai pas non plus du vagin de ta mère.
Clément :
Relevé les traits néoténiques :
Face plate
Réduction de la pilosité
Perte de pigmentation
Forme du pavillon de l’oreille
Forme de l’œil
Position centrale du foramen (tête droite !)
Poids cérébral relatif
Persistance des sutures crâniennes
Position et forme des grandes lèvres (chez la femelle)
Structure du pied et de la main
Pouce non opposable du membre inférieur.
Forme du pelvis
Orientation ventrale du conduit sexuel (chez la femelle)
Os du crâne pas suturés (jusqu’à vingt ans, mazette)
Nous sommes tous des singes inaboutis.
Maud :
-Avantages de la néoténie humaine.
Clément :
-Avantages évolutifs de la néoténie humaine :
Jean-Baptiste :
-Reçois ma prière, mon dieu, toi qui m’as fait de la forme que j’ai aujourd’hui, pour des raisons de toi seul connues et qu’il serait impoli de changer. Si tu m’en donnes le choix, je resterai tel que je suis. Je ne modifierai aucune des parties qeu tu m’as données… Je resterai un embryon sans défenses toute ma vie, faisant de mon mieux pour me fabriquer quelques compléments à partir du bois, de l’acier et des autres matériaux que tu as placés devant mes yeux.
Clément :
Naissances uniques répétées
Soin parental intense
Longue durée de vie
Maturation tardive
Haut degré de socialisation (vive la famille !)
Cette longue période de croissance fait de l’homme un animal qui apprend plutôt qu’un animal qui sait instinctivement.
-Prothèses du néotène (extraits) :
Lunettes
Chapeau
Gants
Blouson de cuir
Crème solaire
Bottes de caoutchouc
Jambe de bois
Dentier
Arc et flèches
Bicyclette
Patins à glace
Stylo-bille
Microscope
Télescope
Ordinateur
L’ordinateur qui prolonge mon cerveau. Le vélo déjà avait prolongé mes jambes.
Prothèse/Orthèse/Foutaise. Voilà ma dialectique.
Clément et Jean-Baptiste :
Je suis un vieil animal prématuré, un sous-singe, une erreur de la nature. Si la sélection était vraiment naturelle, je ne serais pas là à vous parler, ce soir. Vous savez dans quel état j’étais le jour de ma naissance. Comparez à un jeune veau ou à un jeune cheval ; voyez les quelques instants après leur cri primal gambader auprès de leur mère. Moi, je ne savais même pas ramper. Et d’une dépendance à ma mère ! Je n’avais même pas de dent (de lait).
Né édenté.
Né trop tôt dans un monde très vieux, je ne serai jamais adulte. Qu’est-ce qu’un adulte ?
Mon développement sexuel ? Jusqu’à cinq ans, je suis à peu près l’évolution observée chez les autres primates, sauf qu’au moment d’aboutir : interruption de cinq ans !
Clément :
Ça laisse des traces.
Il y a aussi des consolations, les réussites du ratage : c’est que ma juvénilité définitive, je suis parvenu à la transmettre. Tout ça à grâce à ma capacité à me reproduire sans être adulte, grâce à mon interminable enfance.
Jean-Baptiste :
J’avais un faucon, un extraordinaire chasseur, doué d’une vue, d’une célérité et d’une précision foudroyante dans l’attaque. Je l’adorais. Je l’ai tué ; je lui ai crevé les yeux ; j’ai laissé couler l’humeur vitreuse de ses yeux sur les miens et je l’ai bue.
Clément :
-L’animal a de la chance ; il sait toujours ce qu’il a à faire.
-Le nid de l’hirondelle sera toujours un nid d’hirondelle. Le nid du loriot est un nid de loriot. Moi, il m’est arrivé de dormir dans le lit des autres.
Jean-Baptiste :
-Je n’aurais pas dû vivre.
-Pour me libérer, j’ai inventé des maîtres.
Clément :
-J’ai perfectionné mes organes moteurs aussi bien que sensoriels,
Jean-Baptiste :
-mais je ne me sens pas heureux.
Clément :
-Mais je n’ai pas besoin de revenir sur la victoire du Néotène sur les animaux. (Rire pervers). L’avorton désarmé l’a emporté dans un monde dominé par la prédation. Victoire de la faiblesse. Tant pis pour toi, Friedrich !
Comment j’ai soumis le loup. Pas besoin de déluge. J’en ai fait mon chien. Le loup est devenu chien quand il m’a attribué le rôle de mâle dominant. Le néotène est un loup pour le chien ; ou un loup pour le loup. Moi, le petit chaperon rouge, j’ai bouffé le loup.
Pascal :
-DÉLUGE, DÉLUGE, DÉLUGE.
Clément et Jean-Baptiste :
D&P : Après le déluge, nous. Nous deux.
D :Je suis Deucalion.
P : Je suis Pyrrha.
D&P : Nous sommes seuls sur la terre. De tant de milliers d’hommes vivant naguère, il n’en reste qu’un ; de tant de milliers de femmes vivant naguère, il n’en reste qu’une.
Clément :
Moi, je dis, je n’affirme rien, je ne sais rien, c’est la vérité. Et c’est cette ignorance où je suis qui me permet de faire des hypothèses, de poétiser, de broder sur mon sentiment et selon ma nature. Cette ignorance de la cause des causes fait le poète et le philosophe, quelque chose de vague et de mystérieux que ne comprends pas, et j’en suis bien aise, car si je savais tout, je ne pourrais plus vivre.
Pascal :
Déjà la terre ne se distingue plus de la mer : tout est océan, et l’océan est sans rivages. Celui-ci cherche refuge sur une colline, cet autre se jette dans une barque, et avance à la rame là où, il y a peu, il menait sa charrue : en voilà un qui navigue sur ses moissons, un autre sur les toits submergés de sa ferme ; celui-là trouve des poissons sur le faîte des ormeaux ; un autre jette l'ancre dans une verte prairie. Les bateaux flottent sur les vignobles : de pesants phoques se reposent sur les monts où broutaient les chèvres maigres. Les Néréides s'étonnent de voir, au fond des eaux, des bois, des villes et des palais. Les dauphins habitent les forêts, ébranlent le tronc des chênes et bondissent sur leurs cimes. Le loup nage au milieu des brebis ; le lion farouche et le tigre flottent sur les eaux : la force du sanglier, égale à la foudre, ne lui sert plus à rien ; les jambes agiles du cerf lui deviennent inutiles : l'oiseau errant cherche en vain la terre pour s'y reposer; ses ailes fatiguées ne le soutiennent plus, il tombe dans la mer.
DÉBUT DE PARTIE :
D&P : Après le déluge, nous. Nous deux.
D :Je suis Deucalion.
P : Je suis Pyrrha.
D&P : Nous sommes seuls sur la terre. De tant de milliers d’hommes vivant naguère, il n’en reste qu’un ; de tant de milliers de femmes vivant naguère, il n’en reste qu’une.
P : Le reste appartient aux flots.
D : Que faisons-nous ? Sommes-nous même certains de survivre ?
CHŒUR : Vont-ils se reproduire ?
EUX (hésitant) : Allons-nous nous…
DEUCALION : Aujourd’hui nous sommes à nous deux ce qui survit de la race humaine. Les dieux l’ont voulu, nous sommes les seuls exemplaires de l’humanité.
CHŒUR : Ils se turent ; ils pleurèrent. Que faire ? Faut-il se reproduire ?
D&P : Comment pouvons-nous réparer les pertes de notre race ?
Comment porter secours au monde submergé ?
CHŒUR :Ils tournèrent leurs pas vers le sanctuaire de l’auguste déesse, et dès qu’ils eurent posé le pied sur les degrés du temple, ils tombent tous deux à genoux, et baisèrent en tremblant la pierre glacée. La déesse émue rendit cet oracle :
THÉMIS : Éloignez-vous du temple, voilez votre tête et dénouez la ceinture de vos vêtements ; et jetez derrière votre dos les os de votre grand-mère.
PYRRHA : Je ne puis, qu’on me pardonne, offenser l’ombre maternelle.
DEUCALION : Ou ma sagesse me fait défaut ou l’oracle respecte la piété filiale et n’exige de nous aucun crime. Notre grand-mère, c’est la terre ; les pierres dans le corps de la terre, ce sont ses os, j’en suis sûr. Voilà ce qu’il nous faut jeter derrière notre dos.
CHŒUR : Que leur coûte-t-il d’essayer ? Ils descendent, se voilent la tête, défont leur ceinture et, suivant l’ordre reçu, lancent, tout en marchant, les pierres derrière eux.
-Les pierres, - qui le croirait si la tradition ne le garantissait ? – ramollissent et, en ramollissant, prennent forme nouvelle. Bientôt elles s’allongent, leur nature s’adoucit et on peut y reconnaître, quoique encore vaguement, une figure humaine, comme elle sort du marbre, à peine ébauchée, pareille à une statue imparfaite. Puis la partie de la pierre, imprégnée d’humidité et mêlée de terre, se change en chair. Ce qui est solide et rigide devient de l’os. Ce qui était veine reste veine. Ainsi en peu de temps, et par la volonté des dieux, les pierres lancées par les mains de l’homme deviennent des hommes, et des pierres lancées par la femme naissent à nouveau des femmes.
François :
-J’ai le projet de dire comment les formes changent dans les corps ? comment les corps changent de forme(s),l’évolution des formes et l’histoire de l’univers depuis le début jusqu’à nos jours.
Big-bang, mais aussi origine de la vie, émergence de la conscience et origine des espèces.
Maud :
Darwin.
François :
-Y a-t-il un nombre limité de formes dans la nature ? C’est bien ce que d’Arcy Thompson a l’air de dire.
-Je me demande pourquoi et comment un flux d’énergie qui s’écoule sans but peut répandre de la vie et de la conscience dans le monde.
-Je dis le changement des formes ou je le chante ?


Séquence 3


Clément, François, Jean-Baptiste, Francois :
-Pendant ce temps, les conversations vont bon train dans l’Olympe. Débat : Jupiter, qui avait un peu bu, " épanoui par le nectar ", oublia ses affaires importantes et discutait avec Junon qui n’avait pas grand-chose à faire non plus.
-Jupiter : Y a pas de doute ; les femmes jouissent plus que les hommes.
-Junon : non.
-Jupiter : Comment non ? Junon. Y a qu’à demander à Tirésias ; il s’y connaît, lui qui a été homme et femme. C’est pas tous les jours qu’on change de sexe.
-Tirésias : C’est vrai. Un jour
Maud :
-Pendant ce temps, les conversations vont bon train dans l’Olympe. Débat : Jupiter, qui avait un peu bu, " épanoui par le nectar ", oublia ses affaires importantes et discutait avec Junon qui n’avait pas grand-chose à faire non plus.
-Jupiter : Y a pas de doute ; les femmes jouissent plus que les hommes.
-Junon : non.
-Jupiter : Comment non ? Junon. Y a qu’à demander à Tirésias ; il s’y connaît, lui qui a été homme et femme. C’est pas tous les jours qu’on change de sexe.
-Tirésias : C’est vrai. Un jour, j’ai vu deux serpents qui baisaient dans une verte forêt. Je leur donne un coup de bâton. Miracle : je deviens femme et le reste pendant sept automnes. Au huitième, je les revois. Dites-moi, je leur fais, si les coups de bâton ont assez de pouvoir pour faire changer de sexe celui qui vous les donne, je vais aujourd’hui vous en redonner un coup. Je frappe ; je redeviens homme.
-Jupiter : Et alors, la réponse à la question. Les femmes jouissent plus que les hommes ?
-Tirésias : Affirmatif.
-Junon (furieuse) : Tu vas voir !
-Et elle le rend aveugle. Elle condamna les yeux de son juge à une nuit éternelle. Je cite.
-Jupiter : C’est vache. Pour compenser, je t’accorde de connaître l’avenir ; c’est un honneur.
On se demande encore pourquoi Tirésias, voyant deux serpents copuler, éprouva le besoin de taper dessus. On se demande encore pourquoi une question au fond d’aussi peu d’importance mit Junon dans cet état-là et lui inspira un tel châtiment. Tirésias aurait dû se contenter de voir, d’être voyeur, il aurait eu moins d’ennuis. Tu ne veux pas voir ça, le coït, tu vas voir, tiens ! tu seras aveugle.
Maud :
-C’est un fait avéré que les femmes jouissent. Pas que de sexualité ; y a qu’à voir sainte Thérèse qui jouit même quand on ne la baise pas. Pas toujours dans la sexualité, c’est vraisemblable. Rarement ? C’est possible. Quelquefois, ça j’en suis sûr. D’autre part, sur ce chapitre, je ne prends pas les mâles en considération. L’observation ne permet jamais de savoir s’ils jouissent ou non. C’est vrai des mâles humains comme des autres mâles primates. Ah ! qu’ils soient excités, très excités, y a qu’à regarder un chimpanzé tourner autour d’une femelle en chaleur. Qu’ils copulent, c’est notoire. Mais qu’ils jouissent ? Au sens orgasmique du terme, bien sûr. Après une copulation de dix à quinze secondes… (soit dit en passant, un record à côté des cinq secondes du macaque). Les femelles sont quand même plus conséquentes en matière de recherche orgasmique. Plus l’espèce est évoluée, plus les copulations sont fréquentes en dehors de la période ovulatoire. Et c’est toujours la femelle qui choisit ses partenaires et décide du nombre d’accouplements. Et elles ne lésinent pas, les femelles chimpanzés : jusqu’à cinquante par jour. Dans l’ordre : les dominants d’abord, puis les autres adultes, les ados enfin. Donc tout concourt à nous permettre de conclure que l’aboutissement de l’hominisation coïncide avec la pleine possibilité de l’orgasme chez la femme, avec, accessoirement, un léger allongement du temps moyen du coït chez l’homme. D’où le Viagra. De là à conclure du peu de sérieux de la jouissance de l’homme.
Jean-Baptiste :
À quoi bon toutes ces querelles ? Il faut maintenant que je m’attaque à celle-là, si je suis vraiment la grande Junon, si je mérite de tenir dans ma main droite le sceptre orné de gemmes, si je suis reine, la sœur et l’épouse de Jupiter. La sœur, c’est sûr. Je la perdrai. Mais ce ne furent peut-être que des amours furtives ? Un affront passager ? Elle est enceinte ! Il ne manquait que ça. Son ventre révèle son crime à tout le monde, et elle ne veut être mère que de Jupiter seul. Moi qui ai eu tant de peine à avoir cet honneur !
-Es-tu bien certaine que c’est Lui ? J’espère que c’est bien Lui ; on en a vu des humains se faire passer pour des dieux, rien que pour se glisser dans le lit d’épouses fidèles ! Si c’est vraiment Lui, qu’Il le prouve. Demande-Lui d’apparaître dans la même puissance et sous les mêmes traits que quand Il couche avec la noble Junon.
-Sémélé périt dans les flammes. Pourtant Jupiter avait tenté d’atténuer la chose en n’utilisant qu’une foudre de second ordre (tela secunda). L’enfant, Bacchus, à peine formé est arraché du ventre de sa mère, et, tendre encore, - c’est un prodige -, est cousu dans la cuisse de son père où il achève le temps de la gestation maternelle, materna tempora.
-Jupiter (père) porteur.
Maud (chante) :
Le lit est un lieu
Où jouir est un devoir.
Fais de ton lit
L’asile
De tes délices,
Laisse ton corps inventer
Des postures pour l’amour
Et fais craquer le bois
Sous le poids du plaisir.
Pascal :
Dionysos arrive.
Clément :
-Je cite : Dionysos arrive, Bacchus, Liber. Tirésias a tout prévu et a prévenu Penthée.
-Le culte nouveau arrive. Dionysos arrive, les campagnes résonnent des hurlements qui accompagnent ses fêtes. La foule se précipite, tout le monde, les hommes, les mères de famille, les jeunes mariées, les gens du peuple, les grands, tout le monde se presse aux mystères inconnus.
DIONYSOS :J’impose ma présence impérieuse, exigeante, envahissante. Sur toutes les terres, dans toutes les cités que j’ai décidé de faire miennes, je m’en viens, j’arrive, je suis là.
-hêkô : me voilà, je suis venu. Je veux qu’on me voie.
-Apparais ! phanêthi.
-J’apparais, mais masqué. Rire. J’ai pris le masque d’une créature humaine. Rire. Dans votre monde quotidien, j’installe mon théâtre fantastique.
-Penthée se dresse contre. Tirésias lui prédit ce qui l’attend. Il le vire.
Jean-Baptiste :
PENTHÉE : Quelle folie s’est emparée de vous ? Qui furor ?
Clément :
Quelle folie s’est emparée de vous ?
Jean-Baptiste :
Vous, des descendants de Mars ! Et tout ça dans le brouhaha d’une musique de sauvages.
Clément :
Vous, des descendants de Mars.
Jean-Baptiste :
Les escroqueries d’un charlatan vous impressionnent alors que ni l’épée dans les batailles, ni la trompette guerrière, ni les bataillons hérissés de piques ne vous ont terrorisés ; et vous voilà vaincus par des voix de femmes, par le vin, par des bandes obscènes et le crincrin de tambourins creux.
Clément :
De quoi avez-vous peur ?
Jean-Baptiste :
Vous, les Vieux qui avez traversé les mers pour venir ici fonder une nouvelle Tyr, y fixer vos pénates de fugitifs, vous allez vous rendre sans combattre ?
Clément :
Son grief majeur contre cette religion nouvelle, c’est qu’elle est l’occasion d’une licence débridée pour les femmes.
Jean-Baptiste :
Et vous les Jeunes, dont le sang est bouillant comme le mien, vous devriez avoir des armes dans les mains, pas des thyrses, avoir la tête casquée, pas couverte de feuillage. Souvenez-vous de votre origine ; armez-vous du courage de ce dragon qui à lui seul fit périr tant de soldats. Lui, il a su mourir pour défendre les eaux de sa source ;
Clément :
Vous les jeunes, souvenez-vous de votre origine, sachez mourir pour les eaux de votre source.
Jean-Baptiste :
…vous, sachez vaincre pour votre gloire.
Clément :
Vous, sachez vaincre pour votre gloire.
Jean-Baptiste :
Si Thèbes doit tomber, que des machines de guerre et des soldats fassent crouler ses murailles dans les flammes et le vacarme des armes. Nous serions malheureux mais pas coupables. Nous serions à plaindre mais nous n’aurions pas à rougir de nos larmes. Mais non, c’est un gosse sans armes qui va s’emparer de Thèbes, sans armée, ni javelots, ni chevaux, mais avec des cheveux longs mouillés de myrrhe, des couronnes, parure de la mollesse.
Eh bien, j’irai dénoncer l’imposteur. Fils de Jupiter, tu parles ! Son culte, mon…
Clément :
Ce que c’est que cette religion ? Le désir, le désir. Je baise, je baise, et ça s’appelle honorer le nouveau dieu ! Chacune de son côté va chercher à l’écart où se cacher et se donner aux hommes en prétendant être en proie aux transports sacrés des Bacchantes. Eh bien, j’irai dénoncer l’imposteur. Fils de Jupiter, tu parles !
Serviteurs, allez me chercher ce chef de bande. Et chargé de chaînes.
Jean-Baptiste et Clément :
-Le Roi : Où il est Bacchus ?
-Les serviteurs : Pas vu.
-Le Roi : Où il est Bacchus ?
-Les serviteurs : Bacchus, on l’a pas vu. Mais on a trouvé un de ses prêtres.
Jean-Baptiste et Clément :
PENTHÉE : Toi, tu vas mourir, -ça servira de leçon-, dis-moi, quel est ton nom, celui de tes parents, d’où tu viens et pourquoi tu t’es affilié à ce culte nouveau.
François et Pascal :
ACÉTÈS : Je m’appelle Acétès ; mon pays, la Méonie ; mes parents sont d’humble condition ; mon père ne m'a laissé ni champs à retourner par des taureaux robustes, ni bêtes à laine, ni bétail. Lui-même était pauvre ; il s'occupait à tendre des pièges aux poissons frétillants, et à les prendre bondissants au fer dont il armait sa ligne. Son métier était toute sa fortune ; me l’ayant enseigné, il me dit : "Toi, mon héritier qui continues ma besogne, reçois toutes les richesses que je possède". Et en mourant, il ne me laissa que les flots pour héritage. Bientôt las de vivre, toujours accroché aux mêmes rochers, j'appris à gouverner de ma main un navire, j'observai l'astre pluvieux de la chèvre Amalthée, les Pléiades, les Hyades, la grande Ourse; je connus les demeures des vents et les ports accueillants aux bateaux.
Un jour que je naviguais vers l'île de Délos, j’aborde aux côtes de Chios en ramant du côté droit ; d'un bond léger, je saute sur le sable humide qui le couvre. La nuit passée, l’aurore commençait à teinter le ciel de rose : je me lève; je commande aux autres d'apporter de l'eau fraîche; je montre le chemin des fontaines; et cependant du haut d'un rocher je regarde le ciel pour voir ce que promettent les vents; je retourne au rivage, j'appelle mes compagnons : "Me voici", s'écria le premier Opheltès, et il amène une proie (ce sont ses mots), un enfant d'une beauté de jeune fille qu'il avait trouvé dans un champ désert : l’enfant semble avoir du mal à le suivre ; il titube, appesanti par le sommeil et le vin. J'observe son costume, son visage, son allure ; vraiment il n’y a rien en lui d'un mortel ; je le sens bien, et je m'écrie :
-"Compagnons ! je ne sais quel dieu se cache dans le corps de cet enfant ; mais, il n’y a pas de doute : dans ce corps il y a un dieu. Qui que tu sois, protège-nous ; rends-nous la mer favorable, et pardonne à mes compagnons".
- "Arrête de l'implorer pour nous", reprend Dyctis, Dyctis de tous le plus agile pour monter à la cime des mâts et pour en redescendre; Lybis, le blond Mélanthus, qui veille à la proue ; Alcimédon, Épopée, dont la voix excite les marins, et commande aux rames le mouvement et le repos, tous sont d’accord contre moi, tant est grand chez eux l'aveugle désir de butin ! "Non, m'écriai-je alors, je ne tolèrerai pas que notre bateau soit souillé par un sacrilège ; et ici, c’est moi qui commande, pas vous." Mais je résistais en vain : le plus emporté, le plus audacieux de cette bande impie, Lycabas, banni de l'Étrurie pour un meurtre abominable, me frappe à la gorge d'un poing ferme et nerveux ; et si je ne m'étais pas, bien qu’étourdi, cramponné à un cordage qui me retint, il m’aurait expédié à la mer.
Les autres, la bande de mutins, applaudit le geste. Mais enfin Bacchus (car c'était Bacchus lui-même), comme si le tumulte des matelots l’avait tiré de son sommeil et dégagé ses sens de la vapeur du vin :
-Que faites-vous ? dit-il, pourquoi ce remue-ménage et ces cris ? comment je me suis retrouvé là au milieu de vous ? et où prétendez-vous me conduire ?
-Ne crains rien, répond celui qui était à la proue : dis-nous dans quel port tu veux te rendre, on t’y conduira.
-À Naxos, dit Bacchus, naviguez dans cette direction : c'est là que j’habite ; vous y trouverez une terre hospitalière.
Les traîtres jurent par la mer et par tous ses dieux qu'ils vont obéir : ils m'ordonnent de livrer aux voiles le navire aux mille couleurs. Naxos était à tribord; à tribord, je dirige le vaisseau.
-Insensé ! s'écrie-t-on de toutes parts; Acétès, tu es devenu fou! Tourne à bâbord.
Ils me font connaître leur dessein par des signes ; plusieurs me l'expliquent à l'oreille ; je frémis :
-Qu'un autre, m'écriai-je, prenne le gouvernail.
Et je quitte mon poste. Je ne voulais pas me rendre complice d’un crime. Un murmure général s'élève contre moi :
-Crois-tu, dit Éthalion, qu'ici le salut de tous de toi seul va dépendre ?
Et soudain il vole au gouvernail, commande à ma place, s'éloigne de Naxos, et tient une autre route.
Alors le dieu, comme s'il s’apercevait seulement de leur trahison, regarde la mer du haut de la poupe, et faisant semblant de pleurer :
-Dites-moi, matelots, ce ne sont pas là les rivages que vous m'aviez promis. Ce n’est pas la terre que je vous ai demandée ? qu’ai-je fait pour mériter ce traitement ? quelle grande victoire pour vous, à votre âge, tous contre un, de tromper un enfant !
Je m’étais mis à pleurer : la bande impie riait de mes larmes, et la rame fendait les flots à coups précipités.
-Maintenant par le dieu lui-même, et il n'est point de dieu plus présent que Bacchus, je vous jure que les faits que je vais raconter sont aussi vrais qu'ils sont peu vraisemblables. Le vaisseau s'arrêta sur les flots, comme à sec sur le rivage. Les marins surpris continuent de mouliner avec leurs rames, déploient toutes les voiles. Double effort inutile ! Le lierre serpente sur l'aviron, l'embrasse de ses nœuds ; et ses lourdes grappes colorent les voiles. Alors Bacchus se montre, le front ceint de raisins : il agite un javelot que le pampre environne ; autour de lui couchés, vains simulacres, paraissent des lynx, des tigres, et d'affreux léopards.
Soudain, frappés de vertige, ou saisis de terreur, les marins s'élancent dans les flots. Médon est le premier dont le corps se resserre en arc, se recourbe, et noircit sous l'écaille : Par quel miracle te transformes-tu en poisson, lui criait Lycabas ? et déjà la bouche de Lycabas ouverte s'élargissait sous de larges naseaux. Lybis veut de sa main agiter la rame qui résiste, et sa main se retirant, est changée en nageoire. Un autre veut défaire le lierre des cordages, mais il n'a plus de bras, il tombe dans les flots, et les sillonne de sa queue qui finit en croissant qui rappelle la demi-lune. On les voit tous dans la mer bondissant : de leurs naseaux, l'eau jaillit élancée ; ils se plongent dans l'élément liquide, reparaissent à sa surface, se replongent encore, nagent en chœur, jouent ensemble, meuvent leurs corps agiles, aspirent l'eau et la rejettent dans l’air.
De vingt que nous étions je restais seul, pâle, glacé, tremblant. Le dieu me rassure à peine par ces mots :
-Cesse de craindre, et prends la route de Naxos.
J'obéis ; et débarqué dans l’île, je me rends aux autels de Bacchus, et célèbre ses mystères.
Clément :
PENTHÉE : Si j'ai écouté, reprit le fils d'Échion, ton interminable et insidieux discours, c’était pour que ma colère ait le temps de se calmer. Serviteurs, saisissez-vous de cet individu, et torturez-le à mort. Aussitôt on entraîne Acétès; on l'enferme dans une solide prison. Tandis qu'on prépare contre lui le fer et la flamme, instruments de son supplice, on dit que d'elle-même la porte de sa prison s’ouvrit ; et, sans être détachées, les chaînes tombèrent de ses mains. Cependant Penthée s’obstine. Il ne donne plus l’ordre d'aller, il court lui-même sur le Cithéron, où vont se célébrer les mystères de Bacchus, mont sacré, qui déjà retentissait des cris des Bacchantes. Comme un cheval fougueux, quand dans le bronze de la trompette guerrière le signal a été donné, frémit et respire le feu des combats, Penthée est excité par les cris des Ménades remplissant les airs, et leurs longs hurlements rallument sa colère.
Vers le milieu de la montagne il y a une vaste clairière entourée de forêts mais on ne découvre aucun arbre qui soit un obstacle à la vue. C'est de là que Penthée, d'un œil profane, regarde les mystères sacrés. Agavé, sa mère est la première qui l'aperçoit; et soudain, de fureur transportée, elle lui lance son thyrse, et s'écrie :
-Io ! Accourez toutes les deux, le voici, mes sœurs, l’énorme sanglier qui erre dans nos champs : il faut que je tue ce sanglier.
Elle dit : la troupe délirante se rue sur lui qui est tout seul. Ce troupeau de femmes le poursuivent, tout tremblant car maintenant il tremble, ses paroles sont moins violentes. Maintenant il se condamne, il reconnaît son crime. Blessé, il s'écrie :
-Autonoé, au secours ! pitié pour le fils de ta sœur ; que l'ombre d'Actéon, ton fils, émeuve ton cœur. Mais Autonoé ne sait plus qui est Actéon. Elle arrache le bras de celui qui l'implore ; Ino déchire l'autre et l’emporte. L’infortuné ! il n'a plus de main à tendre à sa mère. Il lui montre son corps sanglant et amputé :
-Regarde, ma mère, s'écrie-t-il, regarde!
À cette vue, Agavé pousse des hurlements, agite sa tête, secoue ses cheveux dans tous les sens et arrache de ses mains ensanglantées la tête de son fils :
-Io ! Accourez ! mes compagnes ! cette victoire est notre œuvre.
Les feuilles, touchées par le vent froid de l'automne et qui tiennent à peine à la cime des arbres, ne sont pas plus vite emportées par le vent que les membres de Penthée ne furent dispersés par ces mains cruelles.François :
D : Sur l’île de Chios, les femmes étaient saisies d’un délire particulièrement bachique, on mettait un homme en pièces pour m’honorer, moi Dionysos Omadios, féroce mangeur de chair crue. Sur l’île de Ténédos, je recevais un sacrifice d’une espèce particulière, continue…
Maud :
" Mais nos troupeaux paissaient dans l’herbe.
Les bacchantes s’y déchaînent, les mains nues,
Et tu pouvais voir l’une d’elles, déchirant
En deux une vache aux pis lourds, mugissante,
Tandis que ses compagnes dépècent des génisses.
Et lancés çà et là, des côtes, des sabots,
Restent, ruisselant de sang, suspendus
Aux branches des sapins. Des taureaux agressifs
Au regard menaçant sont bientôt terrassés,
Mille bras de jeunes femmes les emportent
Plus vite que ne clignent tes royales paupières.
Les chairs dépouillées sont mises en morceaux.
(Les Bacchantes vers 740 et suivants…)
François :
-Je hais les raffinements psychologiques, l’esprit romanesque ; Je hais la haine du mythe. Mais vous, vous aimez les apparences, la seule apparence, l’imitation, mais une imitation obtenue par l’entremise des idées, les idées… Contrefaçon imitative qui vous rend incapables de recevoir l’impression du mythique. Imitation de l’apparence plus misérable que l’apparence elle-même.
-Vos raffinements psychologiques et votre peinture des caractères. Traits accessoires et nuances artificielles. Minutie de l’observation, effet de réalité, l’horreur ! Moyen d’excitation ou prétexte à la nostalgie du souvenir. Ça vous rappelle quelque chose, porc, stimulant pour vos nerfs émoussés et usés.
Maud :
Mille bras de jeunes femmes les emportent
Plus vite que ne clignent tes royales paupières.
Les chairs dépouillées sont mises en morceaux.
François :
-C’est bien. Ma mère est morte dans un incendie avant ma naissance. Mon père m’a mis en couveuse, dans sa propre cuisse.
Maud :
Est-ce pour cela que tu bois ?
François :
-Ma mère, quand elle me portait, fut prise d’un irrésistible désir de danser ; chaque fois qu’elle entendait une flûte, elle ne pouvait s’empêcher de danser, et dans son ventre, je dansais aussi.
-Comme le vin, je suis infiniment doux et terrible terriblement.
Maud :
-épiotatos, deinotatos.
François :
-Parfaitement. Essaye de faire jaillir du vin d’une source. Ou, tiens, les vignes éphémères… éphémeroï ampeloï. (Répète, apprends, par Bacchus !) Elles fleurissaient et donnaient leurs fruits en l’espace de quelques heures pendant les fêtes où j’apparaissais. À l’aube on pouvait voir verdoyer la vigne sacrée ; à midi commençaient à se former les grappes qui devenaient lourdes et sombres ; le soir on cueillait le fruit mûr et commençait le coupage du vin.
Maud :
Sophocle, Thyeste.
François :
Oui, c’est pas mal : feuilles le matin, grappe à midi, le soir le vin est tiré. Quatre saisons en un jour ! Ça et les sources et les fontaines de vin, c’est mon truc.
-C’est le vin qui est un miracle. Le vin, le sang de la terre, où se mêlent la mort et la vie décuplée, le feu qui brûle et l’eau qui désaltère.
Maud :(récitant)
-Les bacchantes allaitaient des bêtes sauvages. Les jeunes mères délaissaient leur enfant, prenaient dans leurs bras de petits faons ou des louveteaux pour les nourrir de leur lait.
François :
J’ai ma théorie sur ma violence ; l’illimité où habite l’ivresse de la vie menace, ceux qui l’approchent, de l’ivresse de l’anéantissement.
Maud :
-l’ivresse de la vie, l’ivresse de l’anéantissement. La destruction.
-on mettait des cothurnes à un veau nouveau-né, on traitait sa mère comme une femme qui vient d’accoucher, puis on l’immolait à la hache. Alors le sacrificateur devait fuir vers la mer sous une pluie de pierres. Évidemment, à travers ce pauvre veau, c’est toi qui étais visé. Les cothurnes…
François :
-Je n’aime pas seulement les taureaux, les boucs ou les ânes (fertilité, désir et tout le tremblement) ; j’aime aussi les bêtes sanguinaires, les panthères surtout. Elle bondit, la panthère, avec autant de grâce et de légèreté qu’une bacchante.
Fais-moi voir.
(Maud danse)
François :
C’est ça. Et en plus elle déteste pas la picole, la panthère.
-Peut-être mon désir de beauté, mon besoin de fêtes, de réjouissances, de cultes nouveaux est-il né du manque, de la privation, de la douleur, de la mélancolie ?
-Et la tendance contraire, le désir de laideur, la sincère et âpre volonté de pessimisme, la volonté de mythe tragique, de mettre en image tout ce qu’il y a de terreur, de cruauté, de mystère, de destruction, de fatalité.
Maud :
C’est ça l’existence ?
François :
-Y a-t-il des névroses de la santé ?
-Passe-moi ma couronne de lierre, ça me refroidit le chef des ardeurs du pinard. Je me contente de peu. Une cruche de vin, une vigne, un bouc, une corbeille de figues et enfin le phallus. Un petit chant en l’honneur du phallus.
Maud :
Ariane, suivant de ses yeux désolés la carène qui s'éloignait, roulait dans son âme blessée mille pensées douloureuses. Mais d'un autre côté Dionysos florissant accourait avec cortège de Satyres et avec les silènes, enfants de Nysa ; il te cherchait, Ariane, enflammé d'amour pour toi. Les Ménades agiles, possédées d'un délire furieux, erraient çà et là, criant "évohé ! évohé ! " et secouant la tête.
François :
-On parlera de la petite Ariane une autre fois. J’ai une autre idée pour le moment ; je voudrais qu’un jeune homme, tiens, vous là, venez, imite avec gestes et cris les douleurs d’une femme en train d’enfanter.
Clément :
Naissance d’Adonis. Cette scène est l’épilogue d’une affreuse histoire d’une descendante de Pygmalion, Myrrha tombe amoureuse de son père et réussit grâce à la complicité de sa nourrice et la faveur de la nuit à coucher avec son père. Le crime est découvert ; Myrrha s’enfuit en Arabie où elle est changée en arbre à myrrhe. Elle donne ensuite naissance à Adonis, fruit de cet abominable inceste.
-Elle parlait encore, et ses pieds s'enfoncent dans la terre ; des racines en sortent, serpentent, affermissent son corps. Nouvel arbre, ses os en font la force : leur moelle est moelle encore ; la sève monte et circule dans les canaux du sang. Ses bras s'étendent en longues branches, ses doigts en légers rameaux ; sa peau se durcit en écorce.
Déjà l'arbre pressait son flanc, couvrait son sein, et, croissant par degrés, s'élevait au-dessus de ses épaules. Myrrha, impatiente, penche son cou, plonge sa tête dans l'écorce, et y cache sa douleur.
-Mais l’enfant conçu dans le mal avait grandi sous le bois, et cherchait une issue par où se dégager de sa mère. Le milieu de l’arbre enfle sous la poussée du ventre que le poids distend ; Les douleurs n'ont plus de mots pour se dire, et pour accoucher Myrrha n’a pas de voix pour appeler Lucine. L'arbre en travail se recourbe, pousse des gémissements, est baigné par ses larmes.
-Compatissante, Lucine approche des rameaux plaintifs ; elle y porte les mains, et prononce les mots de la délivrance. L'arbre se fissure, l'écorce s'ouvre, par une fente, l’enfant sort. Il vagit, les Naïades accourent, le couchent sur l'herbe molle, arrosent son corps, et l'embaument des pleurs de sa mère. Il pourrait plaire même aux yeux de l'Envie. Il est semblable à ces Amours que l'on voit nus dans les tableaux ; et si l'on veut que l'œil trompé s'y méprenne, qu'on donne un carquois à Adonis, ou qu'on retire le sien à Cupidon.
Maud:
-Il hait les raffinements psychologiques, l’esprit romanesque ; il hait la haine du mythe. Mais vous, vous aimez les apparences, la seule apparence, l’imitation, mais une imitation obtenue par l’entremise des idées, les idées… Contrefaçon imitative qui vous rend incapables de recevoir l’impression du mythique. Imitation de l’apparence plus misérable que l’apparence elle-même.
-Vos raffinements psychologiques et votre peinture des caractères. Traits accessoires et nuances artificielles. Minutie de l’observation, effet de réalité, l’horreur ! Moyen d’excitation ou prétexte à la nostalgie du souvenir. Ça vous rappelle quelque chose, porc, stimulant pour vos nerfs émoussés et usés.
François :
-Marie-Thérèse, c’est bien en 27, que je t’ai rencontrée. Marie-Thérèse !
Maud :
Je m’appelle Maud. Ça y est : métamorphose en Picasso.
Expérience ! Expérience ! Expérience !



Séquence 4


Pascal :
-Fernande est partie hier avec un peintre futuriste : qu’est-ce que je vais faire du chien ?
Clément :
Comme les arbres, brancher Phebus direct. Je suce le sol, j’en fais de la cellulose, de l’amidon. Sucres lents. Finalement, c’est du soleil qu’on bouffe, du carbone, de l’azote.
Quand on devient végétal, on transforme son glycogène en amidon. Les pissenlits vous mangent par les racines, pas l’inverse. La nutrition n’est pas une combustion, on n’est pas des chaudières. La nourriture, je la transforme, j’en fais des formes : embryogenèse silencieuse. Faut s’adapter. C’est ça le milieu intérieur, une adaptation. Une réponse sur le long terme, pas un feu d’artifice. Si tu brûlais immédiatement ta bouffe tu n’aurais aucune faculté d’adaptation.
Des sucres lents partout. Et au bout du bout, tu te manges toi-même. Le sucre d’abord, puis le gras, le muscle et on termine par le cerveau. Kuru, kuru.
Claude Bernard, le sucre se produit dans le foie. J’ai beau le laver ; quand il est propre le soir, y en a de nouveau le matin. Ce que tu manges, c’est ton propre sucre.
La nutrition est le seul référent scientifique à la métamorphose. Tout animal est autophage.
-Voir Ovide. Video !
Pascal :
-Il ne faut pas imiter la vie, il faut travailler comme elle. Travailler comme elle. Sentir pousser ses branches. Ses branches à soi, sûr ! pas à elle.
-Je peins les objets tels que je les pense non tels que je les sens.
-Je veux voir pousser mes branches. C’est pour ça que j’ai commencé à peindre des arbres ; pourtant je ne les peins jamais d’après nature. Mes arbres, c’est moi.
Jean-Baptiste :
-Le développement de la vie, une imprévisible création de forme. Mais en réalité le corps change de forme à tout instant. Ou plutôt il n’y a pas de forme, puisque la forme est de l’immobile et que la réalité est mouvement. Ce qui est réel, c’est le changement continuel de forme : la forme n’est qu’un instantané pris sur une transition.
Pascal :
Lézard ! À bas le style ! Est-ce que Dieu a un style ? Il a fait la guitare, l’arlequin, le basset, le chat, le hibou, la colombe. Comme moi. L’éléphant et la baleine, bon, mais l’éléphant et l’écureuil ? Un bazar ! Il a fait ce qui n’existe pas. Moi aussi. Il a même fait la sculpture. Moi aussi.
Jean-Baptiste :
Chacun de nos mouvements, chacun de nos gestes est du nouveau qui s’ajoute à ce qui était auparavant. Ce n’est pas seulement du nouveau, c’est de l’imprévisible…
Pascal :
Ce qu’il faudrait, c’est parler de quelqu’un comme on fait une sculpture de quelqu’un. Plus on se met dedans, plus on est comme on est, plus on approche d’une vérité. Si on essaie de rester anonyme, par haine ou par respect, c’est là qu’on est le plus mauvais. Quand on se fait disparaître. Il faut être là comme on est, il faut en avoir le courage, alors ça risque de devenir intéressant et d’apporter quelque chose.
Jean-Baptiste :
Oui, il faut travailler comme travaille la nature. Les parties du corps qui se font successivement les unes après les autres, par addition et différenciation successives. C’est beau ! Rien ne préexiste dans sa forme et son dessin définitif. La nature, c’est de la sculpture.
Pascal :
J’ai sculpté une femme dans l’ivoire " à la blancheur de neige ", comme dit toujours le Poète, et la plus belle que tu puisses imaginer,…
Jean-Baptiste :
Pygmalion, il imite la vie, il sécrète l’ivoire. Cette femme, cette statue, elle lui vient comme une dent. Une dent à lui, une dent contre lui. C’est dur et ça peut faire mal. C’est une femme qu’il sculpta dans l’ivoire à la blancheur de neige, et la plus belle qu’il se puisse imaginer.
Pascal :
-Il lui manque pourtant la vie. Elle a toute l’apparence d’une jeune fille vraie, vivante ; on croirait qu’elle vit et qu’elle a envie de bouger, n’était la pudeur qui la retient. Tant l’art à force d’art ne se laisse plus voir. Émerveillé, je m’enflamme pour ce simulacre. Souvent je palpe de mes mains la statue pour sentir si c’est de la chair ou de l’ivoire, et je ne veux pas m’avouer que c’est de l’ivoire.
Jean-Baptiste :
Mais l’ivoire n’est pas la pierre, l’ivoire est le prolongement de la chair, la pierre n’en est que le commencement. Un commencement minéral d’avant la vie, d’avant la bactérie, d’avant la plante, d’avant le sang. Il en aura fallu du temps pour tracer le chemin qui mène de la pierre à l’ivoire.
Pascal :
Je lui donne des baisers, et crois qu’elle me les rend. Je lui parle, je l’étreins et crois sentir sous mes doigts la chair du corps que je touche.
Jean-Baptiste :
Il en aura fallu du temps mais maintenant que le système est en route c’est à tous les instants que, par la seule énergie de la lumière, le minéral est métamorphosé en végétal et le végétal en animal, la pierre en amidon et l’amidon en glycogène.
Pascal :
Je crains même que mes doigts ne laissent sur elle une marque livide. Tantôt je la caresse, tantôt je lui fais les cadeaux qu’on fait à sa maîtresse ; je la pare de vêtements, passe à ses doigts des bagues de pierres précieuses, à son cou de longs colliers. À ses oreilles pendent des perles légères, sur sa poitrine des chaînettes. Tout lui va, et nue, elle n’est pas moins belle. Je la couche sur des tapis de pourpre, l’appelle mon amante,(‘ ma compagne de lit ") et fais reposer son cou incliné sur des coussins de plumes moelleuses comme si elle pouvait y être sensible.
Vint le jour de la fête de Vénus. Tout Chypre était en liesse. Sacrifice des génisses au cou de neige, l’encens qui fume. Je dépose mon offrande, et dis timidement devant l’autel : " Dieux, si vous pouvez tout accorder, donnez-moi pour épouse, -je n’ose dire " cette jeune fille en ivoire ’ - mais une femme semblable à cette jeune fille en ivoire.
Vénus, qui assistait en personne aux fêtes en son honneur, comprend ce que je veux dire. Rentré chez moi, je me rends auprès de la statue et, penché sur le lit, lui donne un baiser.
Maud, Pascal :
Il sent la chair devenir tiède. Il approche de nouveau sa bouche ; de ses mains, il caresse ma poitrine ; mon ivoire s’attendrit ; il perd sa dureté, et enfonce sous les doigts comme la cire s’amollit au soleil et prend docilement sous le pouce qui la travaille les formes que l’on veut et plus on la manie, plus elle devient malléable. Frappé de stupeur, hésitant à se réjouir, l’amant palpe de sa main et palpe encore l’objet de ses désirs. C’était bien un corps.
-Corpus erat.
-Oui. Les veines palpitent sous la main. Alors, il rend grâce à Vénus et presse enfin ses lèvres sur des lèvres véritables. Je sentis les baisers qu’il me donne ; je rougis. Levant un regard timide vers la lumière, en même temps que le ciel, je découvre mon amant. La déesse est présente à l’union qu’elle a faite.
-Neuf mois après…
Pascal :
La dernière fois, tu m’as fait voir un livre ; où l’as-tu acheté ?
François :
À Santa-Monica… Chez un libraire incroyablement gros, qui ressemblait à une tortue géante, au bout d’un très lopng couloir… La traduction des Métamorphoses d’Ovide par sir Golding, édition de 1603… Une des sources de Shakespeare.
Maud :
Je sens, je me sens… J’ai honte, mais je le dis quand même : je sens mon corps se hérisser de soies… Je sens des soies se hérisser sur moi… J’ai honte…
Clément :
Aussitôt comme un serpent, il se tend en un long anneau. Il voit sur sa peau durcie pousser des écailles et sur son corps devenu noir apparaître çà et là des taches bleuâtres. Il tombe en avant sur sa poitrine et ses jambes réunies l’une à l’autre s’amincissent pour devenir une queue arrondie et pointue. Il lui reste ses bras, et ses bras, il les tend et dans des larmes qui coulent sur son visage encore humain,
-Cadmus : il s’écrie : " Mon épouse, approche, approche, malheureuse, tant qu’il reste encore quelque chose de moi, touche-moi, prends ma main tant que j’ai une main, tant que je ne suis pas tout à fait devenu serpent. " Il veut encore parler, mais sa langue vient de se fendre en deux, et les mots n’obéissent plus. Chaque fois qu’il veut faire entendre une plainte, il siffle ; c’est la seule voix que lui laisse la nature.
-Harmonie : Cadmus, reste. Quitte cette apparence monstrueuse. Cadmus, mais que se passe-t-il ? Où sont tes pieds ? Où sont tes épaules, tes mains, ton teint, ton visage, et quand je te parle, tout le reste ? Pourquoi, dieux du ciel, vous ne me changez pas moi aussi en serpent ?
-C’est ce qu’elle dit. Et lui, il léchait le visage de sa femme, et, comme s’il les reconnaissait, il s’approchait de ses seins, s’insinuait, enlaçait, gagnait le cou comme avant. Tout le monde est terrifié. Mais elle, elle caresse le cou glissant du serpent couronné d’une aigrette. Et soudain ce sont deux serpents qui rampent pour se confondre dans leurs enroulements et se glisser dans la forêt voisine où ils vont se cacher.
Jean-Baptiste :
Le chant d’Orphée arrête une pierre qui lui est lancée et qui tombe à ses pieds, comme pour se faire pardonner. Cependant les attaques se multiplient avec une audace redoublée ; rien ne les arrête plus, les bacchantes. Érinys règne dans toute sa fureur. Le chant d’Orphée aurait pu arrêter tous les projectiles, mais le vacarme assourdissant, la flûte de Bérécynthe au pavillon recourbé, les hurlements des bacchantes, ont couvert le son de la cithare. À la fin, les rochers rougirent du sang du poète qu’ils n’entendaient plus.
-Comme le cerf condamné à périr le matin dans l’arène est la proie des chiens, le poète voit les femmes fondre sur lui et le frapper de leurs thyrses ornés d’un vert feuillage et qui ne sont pas destinés à cet usage. Les unes lui jettent de la terre, d’autres des branches arrachées aux arbres ; il y en a qui lui envoient des pierres. Et pour qu’elles ne manquent pas d’armes pour leur fureur, il se trouvait que des bœufs retournaient la terre sous le poids de la charrue et que, non loin de là, des paysans musclés, préparant leur récolte à force de sueurs, creusaient le sol dur de leurs champs. À la vue des Ménades, ils s’enfuient et abandonnent leurs instruments de travail. Arma operis sui. Dans la campagne désertée, gisent çà et là les sarcloirs, les lourdes herses, les longs hoyaux. Elles s’en emparent, après avoir mis en pièces les bœufs qui les menaçaient de leurs cornes, et reviennent en courant achever le poète. Il tend les mains ; il prononce pour la première fois des mots sans effet : ces femmes sacrilèges le tuent.
François :
-Allez, les filles ! Je vais toutes vous transformer en chauve-souris ! Allez !
Pascal :
J’aime la chauve-souris ; j’ai un squelette de chauve-souris, ailes étendues. C’est très joli, très fin. Je ne m’étais pas aperçu que c’est aussi une crucifixion.
François :
J’ai trouvé intéressant le point suivant, qui est sûrement plutôt une interprétation de ma part : Orphée est arrivé dans une clairière et il y avait là des paysans, juste en train de labourer et qui ont pris la fuite devant ces femmes folles furieuses. Et alors les femmes ont tué Orphée avec des charrues et des houes, c’est-à-dire avec les outils des paysans. Parce qu’il ne les avait jamais chantés. Il n’avait jamais chanté le travail.
Pascal :
Elles lui jettent des pierres, mais il avait chanté les pierres. Alors elles cherchent à le frapper avec des branches, mais il avait chanté les arbres. Rien de ce qu’il avait chanté ne pouvait lui faire de mal. Mais il n’avait jamais chanté le travail.
Maud :
Je vais raconter une histoire affreuse, " dira canam ". Filles, éloignez-vous, Pères, éloignez-vous. Cette scène est l’épilogue d’une affreuse histoire d’une descendante de Pygmalion, Myrrha tombe amoureuse de son père et réussit grâce à la complicité de sa nourrice et la faveur de la nuit à coucher avec son père.
(Elle sort)
Pascal :
-Quelles substances as-tu prises ?
François :
-C’était en Bulgarie, à la campagne. Nous avons pris ce truc et nous sommes sortis, il y avait des montagnes, des collines, un peu de forêts. Ma première sensation a été un changement dans la perception de mon corps.
François et Pascal :
Je n’avais soudain plus de peau, mais une fourrure, j’avais la sensation d’être recouvert de fourrure. Et je n’avais plus de chair, seulement des muscles, ma façon de marcher se modifiait, c’était comme une perception animale. La sensation d’être un félin. Naturellement, le problème était que chaque pente plus prononcée faisait naître la tentation de voler. À un moment, il y avait une petite cascade et nous nous sommes mis en dessous. Et nous avons eu une association d’idées. Nous étions deux légionnaires romains qui marchions dans ce paysage. Sous la cascade, j’ai senti soudain que j’avais des écailles.
François :
C’est un turbot.
Pascal :
La métamorphose est rapide. Elle débute par la migration de l'un des deux yeux qui contourne la tête, ou passe à travers, entre le crâne et la nageoire dorsale. Mais la traversée de l'œil s'accompagne d'une modification du cerveau, principalement au niveau des aires visuelles. L'animal passe en effet d'une vision monoculaire, les champs visuels des deux yeux ne se recouvrent pas, chacun lui offre la moitié du monde à observer, à une vision binoculaire, cela donne au turbot un sens de la profondeur, une vision de la perspective qui lui permet d'apprécier la distance des objets qui lui passent au-dessus de la tête, ou plutôt du flanc.
Cela rend le turbot émouvant, car l'Homme est facilement ému non pas tant par les animaux à poils que par ceux qui le regardent avec leurs deux yeux à la fois : l'ours, le singe, le chat, le hibou.
Pascal :
Tu penses qu’Ovide prenait des drogues ?
François :
J’ai aussi inventé la bière.
Pascal :
Est-ce toi ma fille ? Dans un troupeau… La durée de mon deuil sera donc éternelle.
Jean-Baptiste :
Mais quelle est cette génisse ?
(Ils sortent ; entrée de David).


Séquence 5


Bar1
Maud :
PYTHAGORE : Pyth-agore, celui qui a été annoncé par la Pythie. Ce n’est pas rien. Il se souvient de ses vies passées (Aethalide, Euphorbe, Hermotine, Pyrrhos…). 216 ans de métempsycose. Ce n’est pas rien. 216, le CUBE de 6.
-Pythagore n’aime ni la viande ni la tyrannie.
-N’aime pas non plus la démocratie, sinon il mangerait des fèves.
-Oui, né à Samos, il avait fui Samos. Un exilé, mais volontaire, pas comme Ovide.
-Au milieu de disciples administratifs (admiratifs !) et silencieux, il disait les origines du vaste monde, les principes des choses, ce que c’est que la nature, la divinité, comment se forme la neige, ce qui cause la foudre, si c’est Dieu (Jupiter) ou le vent qui déchaîne le tonnerre en crevant les nuages, il disait la cause des tremblements de terre, quelle loi préside aux révolutions des astres, et tout ce qui nous est caché.
-Bonjour.
Pascal :
-Santé.
-Ne pisse pas face au soleil.
-Crache sur les cheveux qu’on t’a coupés.
-N’attise pas le feu avec un couteau.
-Entre dans le temple sans te retourner.
-Silence sur les doctrines révélées.
-Ne mange pas de fèves.
Maud :
-Pourquoi ?
Parce qu’elles ressemblent à tes couilles ?
Pascal :
-Parce que les portes de l’Hadès n’ont pas de gonds.
Maud :
-Il voulait que les enfants soient obéissants, que les femmes soient fidèles et que les hommes n’aillent pas aux putes.
-Mente deos adiit. Il s’éleva jusqu’aux dieux par la pensée. Après que la puissance de son génie et un travail infatigable lui avaient fait pénétrer tous les secrets de l’univers, il les communiquait aux autres :
Pascal :
-Ne mangez pas de viande animale, car se cache peut-être dans l’animal une âme amie, un parent, un frère. Nous sommes aussi des âmes ailées et nous pouvons aller nous loger dans le corps des bêtes sauvages ou nous installer dans celui des animaux domestiques. Il y a possiblement de l’humain dans chaque animal. N’entassons pas leur chair sur des tables dignes de Thyeste. Quelle cruelle habitude, quelle bonne préparation à verser le sang humain, que celle de l’impie dont le fer tranche la gorge d’un jeune taureau et prête une oreille indifférente à ses mugissements, l’homme capable d’égorger un chevreau qui pousse des vagissements d’enfant ou de se repaître d’un oiseau qu’il a nourri de sa main ! Quelle distance y a-t-il entre de tels actes et le crime véritable ? À quoi ouvrent-ils la voie ?
Maud :
Qui tue un bœuf…
François :
-Un organisme vivant diffère d’un organisme mort.
Maud et Pascal :
-Ce sont les bêtes sauvages qui apaisent leur faim par de la chair.
-Et encore, pas toutes.
-Les moutons, les chevaux et les vaches
-Et encore, pas toutes.
-se nourrissent d’herbe. Seuls les animaux cruels, féroces, se plaisent à dévorer une nourriture sanglante. Les tigres d’Arménie, les lions irascibles, les ours, les loups.
François :
Partout où quelque chose vit, il y a, ouvert quelque part, un registre où le temps s’inscrit.
Clément :
-C’est, à vrai dire, une lourde punition de vivre ainsi sous forme animale, avec la faim et les désirs, et de ne pouvoir pour autant se rendre compte de ce que signifie cette vie. Mais qu’on y réfléchisse bien : où cesse l’animal, et où commence l’homme ?
Jean-Baptiste :
Etre et ne pas être un animal.
Un animal, mais un animal
à cheval sur l’animalité.
Il est et n’est pas un animal.
Les premières bactéries sont apparues
Il y a 3,5 milliards d’années
Notre ancêtre australopithèque,
Lucy donc, aurait environ
3 millions d’années,
mais si elle est bipède comme nous,
sa taille est petite
(1,10 m)
et sa capacité crânienne réduite
(300 cm3).
On comprend donc que l’homme
au sens culturel et anatomique
a environ 100 000 ans d’existence,
l’équivalent de quelques secondes
dans une journée de 24 heures,
si on se réfère aux premières bactéries
nos aînées de 3,5 milliards d’années.
Le saut est qualitatif et brutal.
Rupture née de la conscience
et surtout de la conscience de la conscience,
de cette capacité sociale de parler aux autres
mais aussi à nous-mêmes,
de nous raconter des histoires.
François :
-Comme le plus petit grain de poussière est solidaire de notre système solaire tout entier, entraîné avec lui dans ce mouvement indivisé de descente qui est la matérialité même, ainsi tous les êtres organisés, du plus humble au plus élevé, depuis les premières origines de la vie jusqu’au temps où nous sommes, et dans tous les lieux comme dans tous les temps, ne font que rendre sensible aux yeux une impulsion unique, inverse du mouvement de la matière et, en elle-même, indivisible. Tous les vivants se tiennent, et tous cèdent à la même formidable poussée. L’animal prend son point d’appui sur la plante, l’homme chevauche sur l’animalité, et l’humanité entière, dans l’espace et dans le temps, est une immense armée qui galope à côté de chacun de nous, en avant et en arrière de nous, dans une charge entraînante capable de culbuter toutes les résistances et de franchir bien des obstacles, peut-être même la mort.
Clément :
-Si l'on estime que le regard du singe est émouvant parce qu'il marque l'impossibilité de s'exprimer, qu'il est le regard aphasique d'un être muré, alors il est de notre devoir d'œuvrer à sa délivrance. On développera pour cela un programme de recherches en "évolution expérimentale" fondé sur la fabrication de singes porteurs de gènes humains. But : amener un chimpanzé ou un gorille (séparé de nous il y a 15 millions d'années) non seulement à la conscience mais à la capacité d'exprimer ses états conscients par le langage.
-Offrons donc à nos frères primates l'accès à une humanité totale (bonjour l'angoisse) même si cela impose le sacrifice de quelques générations de chimpanzés. Toute lutte a ses héros.
Jean-Baptiste :
L’homme, cet embryon qui n’a survécu
Que par l’outil et le feu, l’art et la science,
L’homme disparaîtra. Alors il n’y aura rien pour penser
Ou chanter l’histoire du monde.
Les bêtes seront de nouveau des bêtes,
Les plantes des plantes, les pierres des pierres,
Sans ordre ni raison.
Sans personne pour les chanter.
Sans Orphée.
Clément :
Dans cet âge antique, qu’on appelle l'âge d'or, l'homme vivait content du fruit des arbres, des plantes champêtres ; et jamais il ne souilla sa bouche de sang. Alors l'oiseau balançait, sans danger, ses ailes dans les airs ; le lièvre errait sans frayeur, dans les campagnes ; la crédulité du poisson ne l'accrochait pas au funeste hameçon. Aucun être n'employait, aucun ne craignait ni les pièges, ni la fraude : tout était en paix. Mais celui, quel qu'il soit, qui, le premier abandonnant l'innocente frugalité de cet âge, plongea des chairs dans son sein avide, ouvrit le chemin du crime. C'est, je veux le croire, par le carnage des bêtes féroces que le fer commença à être ensanglanté.
Pascal :
Le bœuf, animal pas très rusé et sans malice, inoffensif, simple, né pour supporter les fatigues, qu’a-t-il fait pour mériter ça ?
Plateau
Retour dans la salle, bouquets de mariage :
Maud :
-C’est comme la vache. C’est pareil. Tuer le bœuf, c’est égorger son laboureur. En plus, c’est un sacrilège, et l’on met ce crime sur le compte des dieux ; on s’imagine que les dieux du haut des cieux prennent plaisir à voir couler le sang d’un jeune taureau laborieux. Une victime sans tache, remarquable de beauté, (cette beauté est sa perte), parée d’or et de bandelettes, qui est là debout devant les autels, elle écoute les prières sans se douter de ce qui se prépare, on lui pose sur le front ces produits des champs, fruits de son ouvrage, et elle reçoit le coup fatal, teignant le couteau qu’elle venait peut-être de voir dans l’eau claire. On arrache ses viscères aussitôt, on les interroge, on y cherche les intentions des dieux. Et après vous osez vous en repaître ; il faut vraiment que soit grande votre faim pour les nourritures interdites !
PICASSO : son couteau sur le cou ouvert de l’agneau qui ouvre son œil tout grand et laisse son regard cloué sur la pointe de la lame. (10.1.36)
François, homme farine :
Tout être vivant est aussi un fossile. Il porte en soi, et jusque dans la structure microscopique de ses protéines, les traces, sinon les stigmates, de son ascendance.
Clément encore dehors, Maud sur le plateau :
Monstre muet muré dans mon mufle.
Q : La perte de parole est-elle une punition ?
R : Oui si on a quelque chose à dire, si c'est l'imprimante qui flanche, pas le logiciel.
Incarcération de la langue - étouffement de la bouche.
Q : Pourquoi les maladies du cerveau font-elles plus peur que celles du corps ?
R : Parce qu'elle marquent un retour à l'animalité ?
Q : Mais n'est ce pas un bien que de mourir sans angoisse ?
R : Vous ne croyez pas à la dignité de l'Homme ?
Q : Ai-je raison de dire que les maladies du cerveau font peur, plus que celles du corps ? Plus que la tétraplégie, l'incontinence, l'impuissance...
R : Plus que le vieillissement ?
Q : Ce n'est pas une réponse.
R : Plus que la folie ?
Q : Nietzsche et Dionysos ?
R : Rien sans Thésée, sinon la folie, demander à Ariane.
Jean-Baptiste :
Ah ! la douceur des vaches.
Et pas une larme pour les vaches ! pas un sanglot, pas le moindre élan de pitié pour ces placides animaux rendus fous par nos soins et qui ont, en outre, l’impudence de nous transmettre leur mal, ce qui aggrave leur cas. Pourtant la vache était la part encore aimable de l’homme.
Pascal :
Ne mangez pas de viande animale, car se cache peut-être dans l’animal une âme amie, un parent, un frère, certains habitués de notre maison, un professeur, deux dames qui se promenaient au Jardin des plantes, une cuisinière bien précise, des passants, un maître-nageur, un agent de police, un conducteur de tram, des personnes que je n’ai rencontrées qu’une fois dans la rue, d’autres dont précisément je ne peux pas me souvenir, etc.
Maud et Clément :
-Il faut reconnaître que les hommes, ces derniers temps, ont fait beaucoup pour mieux nous comprendre, pour comprendre, ce que l’on peut vraiment appeler notre culture.
(Saluts).


Bar2
-Qu’est-ce qu’on mange ?
-Qui tue un bœuf mange un œuf.
-Barbare, cyclope.
-Le corps est le tombeau de l’âme.
-Tu préfères la droite ou le cercle ?
-Le cube.
-99 % du matériel génétique en commun…
216 ans de métempsycose, 216, le cube de 6.
-Je ne descends pas de l’arbre ; je descends du singe comme tout le monde.
-Moi, je descends de la pierre. J’ai fait le trajet du silex au silicium.
-C’est vraiment un problème de morphogenèse.
-Chez le singe, les neurones du cortex ne passent pas dans le thalamus…
-Les cellules du haut, elles font des bras, celles du bas, elles font des jambes, et c’est bien.
-Il y a deux choses que tu dois bien distinguer : la question d’une morphogenèse correcte, et la question de l’évolution. Pourquoi t’as pas un œil au bout d’un doigt et pourquoi t’a pas des organes de poulpe.
-Pourquoi j’ai pas une main de singe ? Un pied de singe… Je pourrais me gratter en lisant un livre.
JEU :
-Antenne donne patte ; patte donne mâchoire
-Œil donne aile ; aile donne balancier
-En premier lieu, toutes les prédispositions héréditairement l’organisme seraient représentées dans le noyau des cellules. C’est l’idée de totipotence : chaque cellule contient dans son noyau la totalité de l’information génétique.
-Plus récemment, un gène responsable du programme œil a été cloné. Exprimé au bon moment, il peut faire pousser des yeux en différents points du corps de la drosophile – et pas seulement de la drosophile, mais c’est une autre histoire.
-Autrement dit, pourquoi un œuf de poule donne-t-il, de façon irrémédiable, naissance à une poule, malgré les – il faudrait dire grâce aux – milliards d’événements qui séparent cet œuf, cellule unique, de l’organisme, milliardaire en cellules une fois achevé ?
-L’idée que notre histoire évolutive se croise avec celle des mouches et de tous les autres êtres vivants ne laisse pas de m’étonner.
-Mais la mouche drosophile écrit très peu sur l’homme.
-J’affirme la parenté entre le cerveau des arthropodes et celui des vertébrés.
-Imago, imago ! Chacun de nous est capable de distinguer un homme d’un macaque (cinq secondes).
-Il y a un plan dans l’œuf.
-C’est autre chose que de coder la couleur des yeux ou la forme des poils.
-Tout ou partie d’un organe, l’antenne par exemple, est remplacé par tout ou partie d’un organe homologue…
-Œil, aile, balancier.
-Je dis que : UN DONNE DEUX ET DEUX DONNENT QUATRE.
-Dialogue :
-Nous n’avons pas d’ancêtres communs avec l’ordinateur.
-Les ordinateurs ont de la chance.
-Chérie, laisse-moi le mot de la fin.
-Il faudrait vérifier tout cela dans un contexte physiologique.
Le type obsédé par le sucre.
Le type qui se demande : à quoi sert la rate ?
-Tu préfères manger du singe ou du chat ?
-Peut-on aimer d’un même amour le loup et la brebis ?
Maud (dehors ?) :
-Sans langage… Une vache ne peut dire " je suis une vache ", ou même " je suis Blanchette ". Tout au plus peut-elle reconnaître son nom par association avec un stimulus (=caresse, =nourriture= plaisir) et si elle dit " Je suis Io ", alors c’est qu’elle n’est pas une vache mais une femme dans une peau de vache.
2 septembre 1850
Il faudrait imaginer un appareil pour voir un poulet se développer dans un œuf et pouvoir expérimenter sur lui sans changer les conditions de son développement afin de chercher l’influence qu’aurait l’ablation de tel ou tel organe.
La tortue a un foie très propice pour faire des recherches de ce genre à cause la minceur de ses bords et de la possibilité d’ouvrir le ventre de l’animal sans qu’il meure.(30)
12 septembre 1850
Dans l’état ordinaire, le sang de la rate putréfiée est-il septique ? J’ai vu des asticots se développer dans le tissu de la rate, y mourir bientôt quand la putréfaction était plus avancée. Il ne me semble pas avoir vu la même chose pour des asticots développés dans de la chair musculaire.
20 octobre 1850
La rate a-t-elle un rôle à remplir dans la production de la chaleur animale ?
J’ai enlevé la rate sur plusieurs jeunes chiens. L’un avait 2 jours, l’autre 3 jours, l’autre 8 jours et l’autre 4 à 5 semaines. Ils sont tous morts vers le 10ème ou 12ème jour sans présenter de péritonite. Seulement l’animal paraissait se refroidir et languir dans les derniers jours. Dans les premiers jours, ils mangeaient comme à l’ordinaire, mais plus tard ils perdaient l’appétit ; la plaie de l’hypocondre chez aucun ne s’est cicatrisée. Elle restait blafarde ou noirâtre, ne suppurait pas. Il ne paraissait pas y avoir de travail inflammatoire. Chez deux de ces animaux (celui de 2 jours et celui de 8 jours) morts après l’extirpation de la rate, j’ai constaté que le sang était rouge comme à l’ordinaire et les globules vus au microscope ne paraissaient rien offrir de particulier. J’ai remarqué chez ces deux animaux que tous les ganglions lymphatiques dans toutes les parties du corps étaient gonflés et ecchymosés, et comme marbrés de sang à la suite de ces ecchymoses.
-À quoi donc sert la rate ?
-J’ai compté sur les autres pour m’aider ; ils m’ont embêté.
-Il y a un certain plaisir à ignorer, parce que l’imagination peut travailler.
-Quand on ne sait pas ce que l’on doit vouloir, il faut savoir ce que veut votre ennemi et vouloir le contraire.
-Quand on vous attaque, ne pas répondre mais attaquer à son tour.
-Les chiens dératés supporteront-ils la saignée ? Les poisons agiront-ils sur eux de la même manière ?
-Expériences, expériences, expériences.
-Un liquide dans lequel on trouvera de l'urée devra-t-il être considéré comme de l'urine ? Non, car il y a de l'urée dans l'ail. Mais au contraire un liquide dans lequel on rencontrera des spermatozoaires devra être considéré comme du sperme. Il ne faut pas confondre les produits immédiats avec les produits organisés.
-La vie est une bougie qui brûle. C'est vrai, à condition qu'on admette que la bougie pousse toujours et se régénère en puisant dans la terre par des racines ou à l'aide d'un appareil digestif quelconque les éléments de sa régénération.
-Assimilation chez les végétaux et les animaux
D'après l'ancienne idée, les animaux se nourrissaient par analyse et les végétaux par synthèse. Cela est faux. Ils se développent de même par analyse, et la nutrition est la même chose que le développement.
-Le développement et la nutrition sont les seules choses utiles à connaître pour expliquer la vie. Le reste n'est ensuite que l'étude des propriétés des tissus.
Pascal :
Manger un oeuf frais, c'est détruire un poulet en puissance, et que cela équivaut à tuer un poulet en vie. Seuls sont permis, et tout juste, les oeufs non frais, pourvu qu'on soit bien sûr qu'ils sont trop vieux pour pouvoir être couvés; mais tous les oeufs à vendre doivent être présentés à un inspecteur qui, après avoir constaté qu'ils sont stériles, leur colle une étiquette : " Garanti pondu d'au moins trois mois ", et la date de la ponte. Ces oeufs, ai-je besoin de le dire, ne sont utilisés que dans les pâtisseries et comme remède dans certains cas où le besoin urgent d'un émétique se fait sentir. Le lait est interdit sous le prétexte qu'on ne pouvait s'en procurer sans priver un veau de sa nourriture naturelle, ce qui est mettre sa vie en danger.
Comment Mickey est devenu néotène. Souvenez-vous de Mickey de 1928 ( Steamboat Willie ). Méchant avec les animaux : fait couiner un canard dans une étreinte horrible, tourne la queue d’une chèvre comme une manivelle, tord les mamelles d’une truie, joue du xylophone sur les dents d’une vache et de la cornemuse avec son pis.
Rajeunissement de sa silhouette en cinquante ans. La taille relative s’est accrue, les yeux et le crâne ont grossi. Ces trois traits sont des caractéristiques juvéniles. En 1930 Mickey est espiègle et cruel. Puis il s’est fait plus doucereux et inoffensif, donc a acquis des traits néoténiques. Il se passe cinquante ans, son âge relatif ne change pas et il rajeunit ! Il est arrivé la même chose au bonhomme Michelin. Fume plus le cigare.
Ah !le pouvoir des traits juvéniles !
Les adversaires de Mickey ont toujours des traits d’adulte.
-On mangeait Blanchette, sans problème.
-C’est quand même curieux qu’un laboureur mange du cheval.
-Moi, j’ai été élevé chez les paysans.
-Cyclope!
-Sous nos latitudes, oui.
-Quand on pense qu’on n’a qu’un pour cent de différence…
-Blanchette, je t’aurais cru plus tendre.
-Je ne descends pas de l’arbre mais du singe.
-Moi, je descends de la pierre.
-Pourquoi je n’ai pas une main de singe.
-Je suis le produit inachevé de ma propre histoire.
-S’il faut établir une connivence entre l’Homme et l’animal ce n’est pas en développant une compassion pour l’animal (anthropomorphisme) mais en regardant en face la bestialité, sauvage, cruelle, sexuelle, etc. de l’Homme. Ce qui distingue radicalement l’Homme de l’animal c’est que lui seul peut regarder son animalité en face.-Diane rougit d’être surprise nue. Elle aurait voulu avoir ses flèches à portée de la main ; elle prit ce qu’elle avait, de l’eau qu’elle puisa et jeta à la figure du jeune homme. Et en répandant sur ses cheveux l’onde vengeresse, elle ajouta ces paroles qui annonçaient sa fin prochaine. " Tu peux maintenant aller raconter que tu m’as vue nue ! "
-Il y a bien un secrétariat d’État à la condition féminine, je ne vois pas pourquoi il n’en existerait pas un à la condition animale.
-La Pologneu a renoncé au gavage.
-Je dénonce le grossissement fantastique du problème de la crotte de chien. Il existe un danger bien plus grave, ce sont les crachats. Les pancartes "interdit de cracher" ont toutes disparu.
-Perdre son latin. Entrer dans le silence.
-Le droit de vote des animaux
Les femmes ont acquis le droit de vote, mais personne ne le leur a donné. De même pour tous les droits conquis par la lutte. Si les bêtes veulent le droit de vote, ou tout autre droit, elles n'ont qu'à venir les chercher.
-Tenir sa langue
Tout le malheur vient de ne pas savoir tenir sa langue.
-Sa langue s'était comme détachée de son cerveau (image des Métamorphoses, langue qui saute).
Ovide aurait-il dû tenir sa langue ? Sur Auguste en particulier, sur le sexe, les deux (sur le sexe d’Auguste peut-être ?)
-Métamorphose : compromis entre la mort et l'exil.
-Monstre muré muet dans un mufle.
-En règle générale, l’attention de l’éleveur est attirée en premier lieu par une modification du comportement de l’animal. Ce dernier est nerveux, refuse par exemple d’entrer dans la salle de traite ou peut réagir violemment à une manipulation par des coups de patte. L’animal malade reste très souvent à l’écart du troupeau au pâturage, il gratte le sol ou encore se lèche continuellement le mufle. Les animaux présentent une posture caractéristique, les membres postérieurs ramenés sous le corps et la queue relevée. Les chutes sont fréquentes, l’animal perd du poids et la production lactée diminue. Pas de prurit important.
La situation apparaît d’autant plus inquiétante que les cas d’encéphalopathie bovine détectés en France intéressent aujourd’hui des animaux qualifiés de " NAIF ", Nés Après l’Interdiction des Farines animales.
Se transformer
Vieillir
Mourir
Devenir fou, gâteux
Attendre sur un banc
Se souvenir de la puberté : les hommes changent de voix ; origine du chant
Les femmes ne changent pas de voix ; origine du chant.
-Peut-on méditer en regardant un singe ?
-Non, mais en regardant une vache…
-Devons-nous devenir des bêtes ?
-PIETAS
-Vous traduisez comment ?
-Laisse-moi, chérie, le mot de la fin. Le commencement est la moitié du Tout. Si les hommes meurent, c’est d’être incapables de joindre le commencement et la fin.